Quand on perd ses parents,
on s’appelle orphelin, 

Quand on perd son épouse,
alors on s’appelle veuf, 

Quand on perd sa jeunesse,
bien entendu,
c’est vieux que l’on devient, 

Quand on perd son gamin,
y’a pas de mots …

Article rédigé par Sophie,
citations tirées de l’ouvrage de Marie-José Soubieux (pédopsychiatre & psychanalyste) LE DEUIL PÉRINATAL, éd Yapaka
 

La vie attendue … déchue …

Le deuil, c’est l’histoire de la fin d’une histoire, inacceptable, que l’Etre Humain doit accepter, dans l’impuissance la plus totale. Une résignation à perdre un être cher, à en être privé, qui progressivement, grâce à un processus psychologique, devient une acceptation puis un détachement (définition formulée à partir du LAROUSSE)
Un deuil du passé….
Sigmund Freud (psychanalyste) le définit comme « un travail de désinvestissement profondément douloureux qui nécessite la remémoration de souvenirs et d’espoirs. Il ne peut s’accomplir que si la personne endeuillée a dans son champ mental, une représentation de l’objet perdu. »

Le deuil périnatal, c’est la mort qui s’invite trop vite dans la vie d’un petit être, arraché à ses parents, impuissants. Selon l’OMS, il est vécu par les parents après la perte de leur(s) bébé(s) au cours de la grossesse, à la naissance ou dans la première semaine de vie (fausse couche précoce ou tardive, IMG, MFIU, prématurité et décès post-natal) Plus largement, dans les premiers mois de la vie (mort subite du nourrisson …)

Particularités du deuil périnatal et de son contexte :

  • la mort se mêle à l’acte de « donner la vie », une contradiction violente et incompréhensible pour les parents (et leur entourage)
  • la mort de l’enfant avant celle de ses parents ne suit pas la lignée généalogique
  • la mort est inattendue et inimaginable lorsqu’elle survient pendant la grossesse et vient rompre l’élan de vie qu’elle engage entre deux Êtres
  • le couple qui se prépare à devenir parent est « déparentalisé » par la survenue brutale de la mort : comment faire reconnaître son statut parental sans son enfant?
  • la cause du décès n’est souvent pas élucidée malgré les autopsies et recherches biologiques
  • la grossesse est rapidement médicalisée, l’accouchement programmé, les investigations et entretiens médicaux longs et éprouvants
  • la législation autour du statut des enfants « nés » sans vie laisse beaucoup d’interrogations et de frustration pour les parents : un champ de possibles limité …
  • sentir bouger son bébé et se préparer à s’en séparer… le devenir du corps est douloureux et souvent impossible à gérer pour les parents à ce stade
  • le deuil périnatal est un DEUIL DU FUTUR, d’une grossesse non achevée, de l’enfant non incarné, des projets non concrétisés, des souvenirs minimes du passage …. comment faire reconnaître celui qui n’a pas été connu ?
  • l’entourage minimise la douleur de la perte parce que cette dernière est innommable, effrayante, non ritualisée, silencieuse, discrète voire invisible …

Dans le deuil périnatal, le lien se brise avant même de s’incarner ; ou bien s’il s’incarne, la parentalité ne dure qu’un instant …
« L’absence de traces, le peu de souvenirs, façonnés seulement à partir des rêves, des sensations corporelles et des images échographiques, ne permettent pas d’accomplir un travail de deuil au sens donné par Freud. »

La réaction face à la perte diffère selon les représentation et « attentes » du père et de la mère avec leur enfant. Mais pour les deux parents, c’est « perdre une partie d’eux-mêmes et tout ce qu’ils avaient projeté dans la relation au bébé. »

Pour la femme, il reste une empreinte corporelle et un vide à tout jamais la ramenant à son incapacité à donner la vie, remettant en doute son « pouvoir » de fécondité, voire même sa féminité. « l’atteinte de son bébé est l’atteinte d’une partie vitale d’elle-même. » « Face à un manque de reconnaissance, les  mères doivent garder en elles secrètement la mémoire vivante de leur bébé mort. »

Pour l’homme, c’est une double peine : celle de l’impuissance à être père et celle de ne pas pouvoir aider la mère de son enfant à vivre l’accouchement de l’enfant mort. De plus, l’indifférence du reste du monde sur cette situation et la posture attendue de l’Homme dans la société ne les épargnent pas : « personne ne leur demande comment ils vont et ils doivent reprendre leur travail comme si rien ne s’était passé. » Cela augmente d’autant plus le déni ou le refoulement de la situation vécue, ils s’interdisent de craquer et d’exprimer leur tristesse, leur douleur et leur colère. Et cela entraîne souvent silence ou distance dans le couple car l’homme et la femme ne sont jamais au même endroit au même moment. Une roue infernale qui met en danger la relation.

Pour le couple, comment se retrouver quand chacun ne sait déjà plus où il est? bonheur éclaté, relations sociales et amicales modifiées voire suspendues, projets anéantis et … la vie? l’avenir? comment entrevoir le futur lorsque la douleur du présent isole l’un et l’autre?  « les émotions ne sont pas toujours exprimées de la même façon ni au même moment, ce qui peut parfois conduire à des interprétations erronées. La souffrance est si grande qu’elle peut isoler et rendre intolérant aux autres, avec le sentiment de n’être jamais compris. »

Ce qui n’a pas été … existe pour l’éternité …deuil périnatal

Cette situation de deuil bouscule et marque à jamais tout un schéma familial. Elle s’ancre silencieusement et de manière invisible dans la généalogie. Les enfants qui viendront à naître suite à cette perte, seront eux aussi liés à jamais à ce drame.

C’est pourquoi, cet enfant passé et envolé doit trouver sa place dans l’histoire et la lignée familiale…pour qu’il ne soit pas un secret mais une réalité : Évoquer son passage et ce qu’il à laissé d’empreinte à ses parents mettra un sens à la relation parent-enfant qui fait suite; Les enfants à venir, qui n’ont pas à endosser un rôle substitutif, doivent pouvoir comprendre dans quelles circonstances, ils ont été désiré. Cela leur permettra de se construire librement et de mieux sentir les besoins « résiduels » de leurs parents (recueillement ou symbolisation aux dates anniversaires, aux fêtes de fin d’année, retour sur la boite à souvenir…)