Les 5 étapes du deuil

Pourquoi des phases différenciées

Les 5 étapes du deuil sont essentielles pour panser la plaie ouverte que laisse la disparition de l’enfant attendu et parfois rencontré. Elles permettent aussi, dans un espace temps propre à chaque personne, de recréer un lien avec cet enfant perdu, un lien intérieur entre lui et son parent : ce nouveau lien permet de tolérer l’absence en modifiant l’intensité de la douleur ressentie.

Ces 5 étapes du deuil se traversent dans un ordre définit, qui suit la chronologie d’annonce et de séparation. Cependant, selon la situation vécue, certaines étapes seront traversés de manière plus ou moins intenses, visibles mais aussi avec des allers et retours d’une étape à l’autre…Deux cas concrets peuvent nous montrer cette variation de sentiments mentalisés mais aussi très organiques, qui dépassent le parent touché au plus profond de sa construction :

  • L’Interruption Médicale de Grossesse (IMG) : l’annonce d’un problème médical survient alors que tout va bien, que la grossesse est évolutive et que le bébé est en vie…ce problème est parfois radical (malformation, atrophie, défaillance cardiaque..) et le corps médical connait les conséquences directes pour le bébé à la naissance; Ou bien il est palliatif (une des nombreuses forme de trisomie, accident vasculaire cérébral avec plus ou moins handicap…) Dans ces cas, on observe un état de choc voire de sidération des parents, freinés brutalement dans une aventure de vie où la morbidité apparaît sans prévenir…la tête ne pense pas, le corps prend les coups. Puis rapidement pour certains parents (surtout les mères) survient le déni sous forme de recherche de solutions pour palier à la fatalité et au possible handicap (l’intellect prend le dessus et envisage des aménagements de vie pour accueillir le bébé et son handicap, difficile à mesurer à ce stade de vie.) L’élément important à prendre en compte lors de l’IMG, c’est la période parfois longue entre l’annonce, la décision d’IMG et l’accouchement médicalement organisé : elle « oblige » le parent à prendre conscience de la gravité de l’état de santé de son bébé, souvent grâce aux nombreux examens médicaux pratiqués, et ainsi, pour trouver le courage de décider l’IMG, le parent se résigne à la réalité médicale et non à sa réalité…(idéaux et  projections se renforcent)
  • La Mort Fœtale In Utero (MFIU) : elle survient brutalement, sans signes avant coureur et à tout moment de la grossesse, entre le 1er et le dernier jour de cette grossesse. La maman ne sent plus son bébé bouger, et il est souvent trop tard au moment du monitoring ou de l’échographie fœtale. Tout va alors souvent trop vite, sans que le parent ait le temps d’assimiler, de sentir ce qu’il vit, ce qu’il va se passer pour lui…; la prise en charge médicale immédiate omet la charge que la personne subit, passive et dépassée (Il n’y a pourtant plus d’urgence…) Le déni est alors étouffé par le choc de l’annonce et l’état de sidération qui peuvent durer plusieurs jours et empêcher le parent de vivre pleinement la séparation avec son enfant. Pas de réflexion, pas d’assimilation, le corps est à vif et l’esprit en veille, anesthésié par la violence de la réalité.

Il arrive souvent que l’on reste longtemps dans une de ces 5 étapes de deuil, comme si l’on était « coincé » sans comprendre vraiment pourquoi; L’expression des émotions est primordiale parce qu’elle permet de passer de l’une à l’autre des 5 étapes de deuil et ainsi, de sentir que l’on avance sur ce long chemin de reconstruction.

Quelles sont les phases ?

1. Choc, déni : l’annonce de la perte immédiate du bébé ou de sa mauvaise santé entraîne un état de sidération, les parents ne veulent pas ou ne peuvent pas y croire, c’est l’incrédulité totale. les réactions émotionnelles peuvent alors être très différentes;

2. colère, révolte : les émotions qui ont émergées dans la 1ère étape s’intensifient, le besoin de pleurer, de crier, de taper est plus fort. c’est le moment du questionnement, du pourquoi, on recherche un coupable et bien souvent, le sentiment de culpabilité apparaît avec le sentiment d’injustice. Ce dernier se renforce souvent dans la vie sociale, lorsque le parent est confronté constamment à ce qu’il a perdu…(bébés, femmes enceintes, rayons puériculture, familles…)

3. désorganisation, fuite : la frustration de ne pas avoir grandit jour après jour et créé le besoin de symbolisation, la recherche à tout prix de ce qui pourrait  raccrocher à cet enfant disparu, à cet événement qui désenfante, silencieusement…la colère devient tristesse et impuissance; le sentiment de solitude est de plus en plus présent au quotidien. Le sentiment d’injustice s’intensifie et laisse place souvent à une jalousie « légitime » face aux autres parents épanouies.

4. dépression, désespoir : retour à la maison et reprise du quotidien, la prise de conscience de l’absence se fait tardive mais définitive. La douleur se réactive, avec l’impression qu’elle est plus forte encore qu’au moment de la perte. La détresse ressentie est insupportable, tout agace, toute énergie disparaît et des symptômes peuvent apparaître :  La dépression est une réelle maladie qui peut parfois entraîner des idées suicidaires. C’est là que le besoin de demander de l’aider pour être accompagné sur le chemin du deuil se fait sentir.

5. acceptation, transformation : cette étape émerge lorsque le parent peut prendre du recul et mettre du sens sur l’expérience vécue avec son bébé. L’énergie de vie revient enfin, plus durablement, avec des projets, des envies… il y a une vraie restructuration de la personne qui, indéniablement, change sa vision de la vie et de sa relation à la vie, après avoir côtoyé la mort de son bébé. Les besoins de symbolisation sont toujours présent mais plus discrètement car le lien à l’enfant s’intériorise, à tout jamais, et ce malgré la naissance d’un nouvel enfant…

Ou en suis-je ?g_1667

Tout ceci reste très théorique et peut sembler loin de la réalité vécue. Cependant, c’est avec le temps et le recul que l’on pourra sentir la transformation et le chemin parcouru…pour ainsi gagner en humilité et reprendre confiance en soi pour ramener la vie en nous.

Denis Landry, psychologue québécois engagé dans l’association « Ecoute Deuil » (Grenoble) explique lors d’une conférence : 
 » Rien ne pourra remplacer cet enfant, le seul moyen est de transformer cette absence en présence intériorisée, l’accueillir pour qu’il se blottisse en nous, dans notre cœur, pour qu’il continue à vivre en nous […] La mort n’est pas la fin d’une relation mais plutôt une relation qui se transforme et qui s’intériorise peu à peu. »

« Il y a autant de chemin de deuil que de parents en deuil. Chacun doit construire son propre chemin. »

Le chaos que laisse une naissance mêlée de mort submerge l’Etre et le laisse dans une confusion qui ne lui permet pas de sentir là où il se trouve. Il est donc primordial dans le soutien au parent, de les aider à accepter de vivre le deuil pleinement, d’être indulgent avec lui-même, de laisser passer les vagues d’émotions parfois contradictoires;